Des médias alternatifs à la transformation sociale ou comment contribuer au renforcement de la liberté d’expression en Tunisie

Les journalistes David Fernández (La Directa) et Jordi Fortuny (CCMA) clôturent un cycle de formation dédié aux journalistes citoyens en Tunisie

Tunisie|Médias et Démocratie|mai 2018:

Les 10, 11 et 12 mai, 27 activistes issu-e-s des médias associatifs et de proximité venant de différentes régions de la Tunisie ont participé à la dernière formation du cycle de renforcement des capacités des médias associatifs et/ou locaux dans le pays, mise en œuvre par NOVACT. Cette formation, organisée dans le cadre du projet européen « Barr Al Aman », a permis aux participants d’échanger et de discuter sur la viabilité économique des médias alternatifs et locaux, tout en gardant une ligne éditoriale indépendante, avec deux journalistes avec une longue expertise dans ce métier : David Fernandez (La Directa) et Jordi Fortuny (CCMA)

Le 6 mai 2018 la Tunisie a vécu au rythme des élections municipales, les premières depuis la révolution de 2010-2011. Plus que jamais, le rôle des médias associatifs, locaux et de proximité doit être renforcé dans le but de consolider la démocratie dans le pays, tant bien au niveau local qu’au niveau national.

« Nous n’avons gagné de la Révolution que la liberté d’expression et de la presse ! »

Cette phrase nous l’avons entendue, pas une, pas deux mais des centaines et des centaines de fois !

Le sentiment général, et à vrai-dire les faits, d’une situation socioéconomique très difficile, ajouté aux nombres de déceptions cumulées chez les tunisien-ne-s, et plus particulièrement la jeunesse qui a aspiré à des changements « spectaculaires » de la réalité dans le pays, peuvent contribuer à expliquer le ton sinistre qui colore cette phrase-confession. Seulement, est-ce si peu banal de jouir de droits aussi fondamentaux pour lesquels bon nombre de tunisien-ne-s se sont battu-e-s pendant des décennies ? D’autre part, est-il si évident de parler de liberté d’expression et de la presse en tant qu’acquis dans le contexte tunisien actuel ? Peut-on parler de « liberté » lorsque les ressources nécessaires au développement de moyens ou de « médias » pour une presse libre et plurielle sont limitées ou soumises à des conditions dérogeant au concept même de « la liberté » ? Quel modèle économique faut-il choisir et développer pour soutenir et pérenniser une presse libre et indépendante ?

Ces questions et bien d’autres ont été soulevées tout au long du cycle de formation qui a compté avec la participation de plus que 27 personnes venant de différentes régions tunisiennes : actifs/ves dans le tissu associatif et médiatique de proximité et alternatif en Tunisie, les participant-e-s ont illuminé par leur présence les locaux de NOVACT à Tunis.

Organisé dans le cadre du projet « Barr Al Aman » financé par l’Union européenne, cette activité est la clôture d’un cycle entamé par deux sessions de formation assurée par Ines Tlili, sur la conception de campagnes de communication et transformation sociale nonviolente, qui ont eu lieu respectivement en mars 2018 à Bizerte et avril 2018, à Béni Métir. Cette étape a permis aux participant-e-s de développer des idées de campagnes pour la transformation sociale dans leurs régions en ayant recours à des concepts relatifs à la nonviolence et au travail collectif.

Afin de rester fidèle à notre ligne formative qui se base essentiellement sur les expériences de terrain, deux formateurs ont pris en charge l’accompagnement des participant-e-s pendant trois jours : les 10, 11 et 12 mai 2018.

Bien que venant tous les deux de Barcelone, les formateurs présentent des « backgrounds » différents : le premier est Jordi Fortuny, imminent journaliste et membre de la CCMA et le second est le journaliste et militant social et politique David Fernandez.

En exposant des concepts et apports théoriques étayés d’exemples pratiques, des questions comme l’Information et la Démocratie ou l’Éthique et le Journalisme ont été développées avec les participant-e-s afin de mettre un cadre théorique partagé.

Faisant recours à sa propre expérience dans les médias publics et locaux, J. Fortuny a partagé son analyse du cas de l’hebdomadaire L’independent de Gràcia, un journal d’un quartier de Barcelone lancé en 2000 et qui est toujours en activité.

Pour présenter des bonnes pratiques en terme de modèles économiques alternatifs des médias, les participant-e-s ont pu découvrir le cas de la Directa, que D. Fernandez a présenté en tant que modèle correspondant au contexte dans lequel il évolué.

La discussion autour du contexte tunisien et des opportunités et menaces qui tournent autour des médias locaux et associatifs a permis aux participant-e-s d’exprimer leurs craintes et leurs aspirations quant au développement de projets indépendants et innovants.

La volonté de s’inspirer d’expériences similaires et de défendre la liberté d’expression ainsi que de faire valoir les voix des régions et des personnes marginalisées ont été les maîtres mots des interventions des participant-e-s. La question des ressources tant humaines que structurelles et financières demeurent des défis auxquels il faut faire face pour ne pas céder cet acquis si fragile et tellement indispensable dans une Tunisie devant un long chemin pour une démocratie réelle et pérenne.