Reports 03/06/2024

Et si on anticipait? Risques de conflits violents en Tunisie

Ce document vise à identifier les causes principales qui, dans un avenir plus ou moins lointain, pourraient déclencher des conflits violents, tout en ébauchant certaines idées et recommandations pour les prévenir, choisies sur la base d’une probabilité réelle.

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Publication date

03/06/2024

Authors

Sarra Grira

Ce rapport propose une analyse approfondie des facteurs qui rendent aujourd’hui la Tunisie particulièrement vulnérable à une escalade de conflits violents. À travers cinq axes — fragilisation de l’État, crise économique aggravée par le populisme, instrumentalisation du système judiciaire, polarisation croissante de la société et pressions environnementales et climatiques — l’étude met en évidence un contexte où se combinent centralisation extrême du pouvoir, affaiblissement des contre-pouvoirs, détérioration socio-économique, montée des discours de haine et impacts directs du changement climatique. Les risques identifiés se manifestent déjà : tensions locales, violences ciblant des minorités, criminalisation des mouvements sociaux, pénuries, pertes de droits, et un sentiment généralisé d’abandon, notamment parmi les jeunes.

Face à ces menaces, le rapport ne se contente pas d’un diagnostic alarmant : il propose une série de recommandations concrètes et multisectorielles pour prévenir l’escalade et renforcer la résilience collective. Il appelle à réhabiliter la participation citoyenne, restaurer l’indépendance judiciaire, soutenir les mécanismes économiques inclusifs, protéger les minorités, intégrer l’approche climat-sécurité et renforcer le rôle des acteurs de terrain, notamment la société civile tunisienne. L’ensemble offre un outil stratégique pour comprendre la dynamique actuelle et agir dès maintenant afin d’éviter que la prochaine crise ne prenne la forme d’un conflit violent.

Actuellement, la Tunisie se trouve dans un croisement de trois chemins qui reflètent le contexte interne du pays, d’une part, et les effets de la situation régionale et mondiale: l’héritage d’années de démocratie libérale qui a introduit de nouvelles institutions, une nouvelle société civile et des pratiques politiques qui ne sont pas profondément enracinées dans la société et qui n’ont pas considérablement amélioré la situation économique et sociale du pays. De plus, il y a le début de l’ère Kaïs Saïed, caractérisée par un présidentialisme sans précédent, qui ignore toute procédure légale et qui a instauré un état d’arbitraire inquiétant. À tout cela, il faut ajouter une situation mondiale caractérisée par les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 et de la guerre d’Ukraine, une urgence climatique et environnementale, dont on peut déjà voir les effets concrets et qui ne concerne plus seulement les prévisions d’avenir. Il faut aussi tenir compte de l’augmentation généralisée de l’autoritarisme, notamment dans la région euro-méditerranéenne et de la poursuite des politiques coloniales et d’apartheid dans les territoires palestiniens, qui ne fait que discréditer le droit international et les traités qui le composent.

Au total, 17 interviews ont été faites: cinq des interviews ont été faites à des femmes et douze à des hommes, ce qui représente le déséquilibre de parité dans les différentes institutions, qu’elles soient ou non gouvernementales.